L’espoir de Jeanne

Raphaëlle tells her stories from Rwanda in French, as several generations of Rwandans are still francophones. It also helps to begin to address a more worldwide community. Edify wishes to make its blog accessible to those it serves in Rwanda.


Jeanne nous reçoit dans sa petite maison dans la périphérie de Kigali. Quatre chaises et une table sont tout ce qu’elle possède. Nous sommes en avril, mois de deuil national depuis 1994. Déjà 18 ans de passés mais Jeanne nous dit que la douleur revient, intacte, chaque avril.

Jeanne essuie des larmes discrètes quand elle nous raconte ce qu’elle a vécu.

Quand le 7 avril 1994 la violence s’abat sur le Rwanda, Jeanne est une jeune maman de 34 ans, avec un bébé et deux tout-petits. Elle s’enfuit avec son mari et sa famille mais il est vite séparé d’elle dans la confusion de la chasse à l’homme. Elle se retrouve seule avec trois enfants en bas âge, à se cacher, pendant 100 jours. 100 jours où ses enfants pleurent, où elle doit se courber pour disparaître dans les herbes, où elle doit échapper à la mort, non seulement pour elle-même, mais pour ses trois petits. « J’étais devenue un animal » dit-elle. Son mari est tué, ainsi que tout le reste de sa famille.

Elle doit se battre pour trouver de la nourriture pour ses enfants. Gratter la terre dans les champs pour ramasser ce qui a été laissé des cultures. Elle se méfie de tous. Ils sont tous coupables d’avoir assassiné sa famille. Elle vit dans la peur. « Même si le génocide était terminé », raconte-elle, « je me sentais toujours menacée ».

Elle reconstruit une petite maison, mais on la lui brûle. Deux fois entre 1994 et 2004. Jeanne dit d’elle-même qu’elle était l’ombre d’un être humain.

Elle rencontre un groupe de veuves de l’organisation YWAM, et assiste à une des réunions, pour se rendre compte que la plupart d’entre ces femmes sont les veuves de ceux qui ont participé aux massacres. Comment s’associer à un tel groupe ? Elle refuse d’y retourner. Une des dirigeantes du programme la convainc de revenir une deuxième fois. Elle insiste. Jeanne cède. Toutes les femmes rassemblées élisent leur représentante, et elles choisissent Jeanne.

Jeanne est choquée. « Comment ces femmes que je hais peuvent-elles me choisir ? Cela veut dire qu’elles m’aiment ! » Et c’est comme ça, qu’à travers l’amour le plus improbable que Jeanne revient progressivement à la vie.

Aujourd’hui elle rêve d’organiser une conférence pour les veuves de Kigali. Elle veut leur redonner l’espoir qu’elle-même a retrouvé.

Elle sourit et nous parle de ses enfants qui entrent désormais dans l’âge adulte. Jeanne ne possède rien d’autre que sa petite maison, et il est difficile de nourrir la famille tous les mois, mais elle a confiance dans l’avenir.

C’est aussi ça l’histoire du Rwanda.

 

Jeanne nous a confié son histoire afin que nous la partagions pour aider les veuves d’Afrique, qui comme elles se battent pour leurs enfants.

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