Raphaëlle tells her stories from Rwanda in French, as several generations of Rwandans are still francophones. It also helps to begin to address a more worldwide community. Edify wishes to make its blog accessible to those it serves in Rwanda.[translate_this lang=”fr”]
Les choses se font parfois malgré vous. Je ne me suis jamais sentie l’âme charitable des maîtresses d’école qui ont tellement de patience, qui s’extasient sur les dessins de leurs petits élèves et prennent le temps de parler aux parents. Bref, je n’étais pas de celles qui dès le primaire se voyaient maîtresses d’école et n’en pouvaient plus de sourire au petit avec encore un peu de goûter sur la joue qui se laisse attraper et trimbaler partout par cette drôle de fille. Les enfants pour moi c’était du boulot et pas tellement gratifiant, plutôt normal quand on est l’aînée de six et que l’on ne l’a pas choisi.

Moi j’allais travailler dans un bureau bien propre, où on peut porter de vrais vêtements d’adulte, où tout le monde s’exprime d’un ton posé et repart en fermant son ordinateur après avoir accompli sa liste du jour. J’avais un plan, moi !

C’était sans compter le reste. Tout ce grand inconnu qu’on sous estime parce qu’on ne peut pas l’estimer.

Sans trop savoir pourquoi, je suis arrivée au Rwanda. Kigali, Rwanda, Africa.

Ce que je mange a changé, mes couleurs ont changé ; mes senteurs aussi, mes sons et mes paysages. Insidieusement l’Afrique imprime ses couleurs sur moi. Etre quelque part c’est changer, et avec le temps, lui appartenir. Ca demanderait beaucoup de trop de résistance de refuser ce changement. Je suis donc très blanche, majoritairement française, un peu américaine, et un peu africaine. Je ne pourrais plus regarder ces immigrés en France ou ailleurs en pensant, ils sont si différents.

J’ai voulu participer à ce projet de soutien scolaire dans l’école voisine ; c’était important, nécessaire.

Qu’est ce que j’allais pouvoir enseigner à ces enfants qui n’avaient jamais vu de carte du monde, manipulé d’horloge en papier, vu de photo du désert, lu de livre d’enfants, entendu de musique classique, colorié ? Déjà trois séances de deux heures et demie avec eux. Et cette semaine ils ont couru jusqu’en haut du chemin de terre en pente pour nous accueillir, crier nos noms, porter nos sacs, nous serrer la main, nous serrer dans leurs bras.

La classe était pleine, et qu’il y avait beaucoup plus d’élèves que seuls ceux de notre classe de P4. Il a fallu demander à tous les autres de sortir. Voir ces petits enfants qui voulaient être là, après déjà toute leur matinée de classe, pour apprendre plus, entendre de nouvelles choses, voir le monde en plus grand, sortir, m’a laissé le cœur lourd.

Ils voulaient juste apprendre à lire l’heure et tourner les aiguilles de papier de nos horloges mal découpées, écouter l’histoire lue par Brittany et écrire sur leur cahier le nouveau vocabulaire, apprendre la chanson qui parle d’un poisson qui voulait être un cactus et avoir leur propre copie des paroles, pouvoir marquer fièrement leur nom sur les exercices d’écriture. Et nous les avons privé de ce luxe. J’imagine que vous n’auriez pas non plus fait les malins à ma place…

Nos P4 étaient enthousiastes, curieux et attentionnés, malgré la fatigue qui se faisait sentir après deux heures déjà.

La fierté, la joie et le bonheur qui me sont donnés pour ces moments passés avec ces enfants ne se compare à rien d’autre de ce que j’ai accompli jusqu’ici  dans ma vie.

Je pourrais vous parler du pouvoir de l’éducation, de sa nécessité et des injustices dans sa distribution, mais vous le savez déjà.

J’avais illustré les paroles de la chanson par des dessins en noir et blancs des animaux de la chanson. J’espère qu’on aura le temps de les laisser les colorier avec nos feutres de 36 couleurs différentes. Il n’y a pas de dessins dans leur classe. Ni de feutres. Le petit Enock a passé plusieurs fois son doigt sur ma copie, où les animaux étaient mis en couleur, pour savoir comment ça fait la couleur. Vous croyez que ça gratte un peu sur le papier ? Ou est-ce que ça le rend tout doux ?
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